L’une des questions les plus fréquentes (et tout à fait légitimes) au sujet de l’acide hyaluronique HPM administré par voie orale comme complément articulaire est très simple :
Comment une molécule aussi grande peut-elle être absorbée ?
Et c’est une vraie question. L’acide hyaluronique de haut poids moléculaire (ou longue chaîne) est une molécule très volumineuse, de l’ordre de plusieurs millions de Daltons, à comparer par exemple à l’eau (18 Da) ou au glucose (180 Da), et bien plus grande encore que les vitamines, minéraux et autres petits nutriments dont on sait qu’ils sont absorbés.
Clarifions d’abord une chose : l’acide hyaluronique de haut poids moléculaire EST absorbé
L’une des démonstrations les plus convaincantes provient d’une étude* dans laquelle des chercheurs ont fixé des marqueurs faiblement radioactifs sur des molécules d’acide hyaluronique, avant de les administrer par voie orale à des animaux.
Grâce à une imagerie sensible aux radiations, ils ont pu suivre le trajet des molécules marquées dans l’organisme au fil du temps. Et les observations sont parlantes : la radioactivité n’apparaissait pas seulement dans l’intestin, mais aussi, assez rapidement, dans des tissus conjonctifs tels que les articulations, la peau, les yeux, les muscles et les os.
Pour écarter d’autres explications, l’expérience a été répétée en administrant les marqueurs radioactifs sans acide hyaluronique. Cette fois, les marqueurs étaient simplement éliminés, sans absorption significative.
Conclusion : le marqueur radioactif se déplaçait avec l’acide hyaluronique et permettait donc de suivre son absorption et sa distribution dans l’organisme.
L’absorption est donc démontrée. Ce qui est encore plus intéressant, c’est de comprendre comment l’acide hyaluronique est absorbé — et ce que révèle l’itinéraire emprunté par le marqueur lorsqu’il entre dans l’organisme.
Le foie aurait dû « s’allumer » (mais ce n’est pas le cas)
En temps normal, les nutriments absorbés par l’intestin rejoignent la circulation porte, qui les conduit directement au foie. Le foie joue alors un rôle de “filtre” métabolique et de stockage : il traite rapidement, modifie ou dégrade une partie des nutriments au fur et à mesure de leur absorption.
Si l’acide hyaluronique était absorbé par cette voie classique, on s’attendrait à observer tôt une forte accumulation du marqueur radioactif dans le foie.
Mais cela n’a pas été observé.
Au contraire, l’imagerie montrait un signal minimal au niveau du foie. Plus surprenant encore, l’acide hyaluronique marqué apparaissait dans des tissus conjonctifs avant d’être détectable dans le sang.
Cela exclut d’emblée l’absorption porte “classique” comme voie principale.
Alors comment l’acide hyaluronique a-t-il pu atteindre les tissus conjonctifs sans passer d’abord par le sang ?
Le système lymphatique n’est pas spontanément associé à la digestion
Pour répondre, il faut considérer la manière dont l’organisme gère les molécules grandes ou structurellement complexes.
Certaines substances — en particulier les lipides — se prêtent mal à une absorption directe dans le sang, car elles se mélangent mal au milieu aqueux dominant dans les tissus. Les lipides absorbés dans l’intestin sont donc pris en charge par les cellules intestinales, puis orientés vers le système lymphatique, un réseau de transport parallèle qui circule aux côtés du système sanguin.
Ensuite, la lymphe se déverse progressivement dans la circulation sanguine, en contournant le foie.
Cette voie lymphatique est généralement :
-
plus lente
-
plus sélective
-
davantage orientée vers la distribution dans les tissus que vers une circulation rapide
Surtout, elle explique parfaitement les indices observés dans les études sur l’acide hyaluronique :
-
peu d’accumulation dans le foie
-
apparition retardée dans le sang
-
présence précoce dans les tissus conjonctifs
Pour les grosses molécules, le transport lymphatique n’est pas une “solution de contournement” : c’est souvent la voie privilégiée.
Mais l’acide hyaluronique n’est pas un lipide — pourquoi cette voie ?
C’est ici que les propriétés physiques de l’acide hyaluronique deviennent importantes.
Dans un environnement aqueux, l’acide hyaluronique à longue chaîne se comporte comme un gel microscopique. Sa structure lui permet de fixer l’eau, de former des réseaux et d’interagir avec des surfaces d’une manière que les petites molécules ne peuvent pas reproduire.
Par ailleurs, l’acide hyaluronique est bio-adhésif. Autrement dit, il a une tendance naturelle à interagir avec les surfaces cellulaires, notamment les cellules épithéliales qui tapissent l’intestin. Ces interactions pourraient faciliter son entrée dans les cellules intestinales, puis son orientation vers le système lymphatique plutôt que vers la circulation sanguine directe.
En d’autres termes, l’acide hyaluronique n’a pas besoin de “ressembler” chimiquement à un lipide pour être géré biologiquement comme une “grosse molécule structurale”.
Le système lymphatique existe précisément pour prendre en charge ce type de molécules.
Pourquoi c’est important — et à quoi s’attendre
Le transport lymphatique a une conséquence importante :
il favorise une distribution progressive et diffuse plutôt que des “pics” de concentration rapides.
Cela aide à comprendre pourquoi les effets associés à l’acide hyaluronique de haut poids moléculaire sont souvent discrets, progressifs et cumulés, plutôt qu’immédiats. La molécule ne “sature” pas la circulation sanguine et ne déclenche pas une réponse brutale : elle est distribuée lentement vers des tissus qui l’utilisent naturellement.
D’un point de vue biologique, c’est cohérent avec le rôle normal de l’acide hyaluronique dans l’organisme : un composant structurel et régulateur des tissus conjonctifs, plutôt qu’un agent à action rapide.
Où cela nous mène
Pour résumer :
-
L’acide hyaluronique de haut poids moléculaire est absorbé après administration orale
-
Il ne suit pas la voie classique “intestin → sang porte → foie”
-
Les données soutiennent fortement une absorption via le système lymphatique
-
Cela explique à la fois sa distribution dans les tissus et le caractère progressif de ses effets
*Balogh L, Polyak A, Mathe D, Kiraly R, Thuroczy J, Terez M, Janoki G, Ting Y, Bucci LR, Schauss AG. Absorption, uptake and tissue affinity of high-molecular-weight hyaluronan after oral administration in rats and dogs. J Agric Food Chem. 2008 Nov 26;56(22):10582-93. doi: 10.1021/jf8017029. PMID: 18959406.